Le Vanil du Van et les Merlas, en boucle par Vacheresse depuis la vallée du Motélon
Une boucle solo dans les Préalpes fribourgeoises, entre névés résiduels, chamois discrets et panorama sur la chaîne des Vanils. Départ du Patchalet d'en Bas, au fond de la vallée du Motélon.
Par jeje1307
Début juin, la vallée du Motélon n'a pas encore tout à fait basculé dans l'été. La route caillouteuse qui mène au Patchalet d'en Bas serpente, et le parking, modeste, n'annonce rien de spectaculaire. C'est souvent comme ça avec cette vallée : elle ne se vend pas, elle se découvre.
Le sentier grimpe sans détour dès les premiers mètres, d'abord à travers les pâturages de Varvalanna, où les chalets d'alpage attendent encore la montée des troupeaux. C'est là, en levant les yeux vers l'est, qu'apparaît la première vraie récompense de la journée : la Dent de Brenleire et la Dent de Folliéran, dressées l'une contre l'autre, qui dominent ce coin des Préalpes depuis toujours. Ce sont deux sommets que je regarde rarement sans un peu d'attachement, il y a quelque chose dans leur silhouette qui donne envie de s'y attaquer un jour, et qui, en attendant, accompagne bien la montée.
Le col de Tsermon, encore blanc par endroits
Passé les derniers chalets, le sentier se redresse et la végétation se fait plus rase. En ce début juin, quelques névés s'étirent encore sur les derniers mètres avant le col de Tsermon, à 1793 mètres, rien de difficile, juste assez pour rappeler que l'hiver n'a pas complètement quitté les lieux malgré la chaleur qui s'installe en plaine. Un peu plus haut sur les pentes, des chamois broutaient tranquillement, assez loin pour ne pas s'inquiéter de ma présence. Ces rencontres-là, furtives et silencieuses, ont quelque chose de particulier en solo : pas de conversation à interrompre, juste l'animal, la pente, et le temps qu'on prend pour s'arrêter et regarder.
Au col, la vue change complètement de registre. Jusque-là contenue par la vallée, elle s'ouvre d'un coup sur la chaîne des Vanils, qui se déploie vers le sud et l'est. C'est l'un de ces moments où on comprend pourquoi on est monté jusque-là.
La crête du Van, et un troupeau bien gardé
La suite de l'itinéraire longe un plateau d'altitude où paissait, ce jour-là, un troupeau de moutons. Un chien de protection a fait son apparition à quelque distance, attentif mais sans réelle nervosité, visiblement habitué au passage des randonneurs sur ce secteur, il n'a montré aucun signe d'agressivité et s'est contenté de surveiller le troupeau à bonne distance. Un rappel utile tout de même : sur ces pâturages, mieux vaut garder une allure tranquille et ne pas s'approcher des bêtes.
Le sommet du Vanil du Van, 1965 mètres, se gravit ensuite par une dernière pente herbeuse, courte mais franche. La croix qui le marque domine un panorama qui dépasse largement ce que son altitude modeste laisserait supposer : la Dent de Broc, la Dent du Chamois, la Dent du Bourgo d'un côté, et au loin, le Vanil Noir qui impose sa masse de calcaire. De là, on redescend brièvement avant de remonter sans effort vers les Merlas, 1907 mètres, second sommet de la boucle, où une croix plus modeste referme cette partie du parcours.
Le plateau jusqu'à Vacheresse
Ce qui suit est sans doute le plus beau segment de la journée : une longue crête d'environ deux kilomètres qui relie les Merlas au chalet de Vacheresse, en ligne presque continue, avec le plateau qui se déploie de tous les côtés. La marche y est facile, presque contemplative, et la vue s'élargit encore, c'est tout l'arc des Préalpes fribourgeoises qui se donne à voir depuis cette ligne de crête, jusqu'à la vallée de l'Intyamon en contrebas. Vacheresse, à 1747 mètres, est le genre d'endroit où on s'arrête sans vraiment se forcer, simplement parce que le paysage y invite.
La descente, et le rappel des genoux
Depuis Vacheresse, l'itinéraire bascule vers le Leity puis le Leytemarie, où la pente reprend ses droits. La descente perd près de 400 mètres sur deux kilomètres, en partie sur une route bétonnée qui, après plusieurs heures de marche, se fait sentir dans les articulations bien plus que les sentiers en terre du début de journée. Le ruisseau du Motélon réapparaît progressivement en fond de vallée, et avec lui, le Patchalet, point de départ qu'on retrouve avec ce mélange de satisfaction et de jambes lourdes propre aux fins de boucle.
Le bilan
Comptez une bonne demi-journée pour cette boucle, pour un dénivelé total avoisinant les 900 à 1000 mètres selon les sources. Début juin reste une période intéressante pour cette sortie : la flore préalpine commence à reprendre ses droits sur les pentes basses, tandis que les passages les plus élevés, comme le col de Tsermon, peuvent encore conserver de la neige résiduelle — sans gravité particulière à cette période, mais à surveiller si la saison a été tardive. Le secteur abrite des troupeaux protégés par des chiens de garde : la prudence et le calme restent de mise en cas de rencontre.
Pour ma part, c'est une boucle que j'ai faite seul, et qui s'y prête particulièrement bien : assez de dénivelé pour occuper le corps, assez de crête et de panorama pour occuper l'esprit, et ce genre de silence qu'on ne trouve qu'en solo, quand le seul bruit qui reste est celui du vent sur l'herbe et, parfois, celui d'un chamois qui détale discrètement sur la pente d'à côté.
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